BD de la semaine

Gentlemind

Premier volet d’un diptyque, Gentlemind brosse le portrait sensible d’une femme confrontée à un monde d’hommes, dans la belle lignée de la série TV Mad Men. Le récit s’ouvre en 1939 à Brooklyn, New York. Navit est une jeune artiste désargentée et folle amoureuse d’Arch Parker, illustrateur talentueux. Quelques années plus tard, après avoir épousé un homme richissime, Navit hérite d’une partie de son patrimoine, et notamment d’une revue en perte de vitesse : Gentlemind. Entreprenante et débordante d’idées, elle décide de moderniser ce magazine, lequel remporte bientôt un succès inespéré. Mais le souvenir d’Arch Parker, l’éternel amour de Navit, hante toujours la jeune femme… Coécrit par Teresa Valero et Juan Díaz Canales, l’album est servi par le trait original et stylisé d’Antonio Lapone. Gentlemind est aussi un hommage à la presse magazine américaine dont certains des titres les plus célèbres, comme Esquire, Life ou Time, sont mis en lumière dans le récit. Un récit foisonnant dans lequel on sent battre le coeur de New York et pulser toute l’énergie de la ville, et qui nous plonge aussi dans l’effervescence de la vie quotidienne au sein d’une rédaction.

Dargaud.

 

Wilderness

Premier roman de Lance Weller plébiscité par la critique lors de sa sortie en 2013, Wilderness est aujourd’hui fidèlement adapté par l’excellent duo composé d’Antoine Ozanam (scénario) et Bandini (dessins). L’histoire se déroule en 1899 aux États-Unis. Brisé par la guerre, le décès de sa femme et de sa fille, Abel Truman, vétéran de la guerre civile, vit depuis des décennies en reclus sur la côte nord-ouest du Pacifique. Toujours tourmenté par son passé, Abel décide de prendre la route vers l’est afin de retrouver les lieux de ses souvenirs dramatiques. Un ultime voyage qui s’assombrit lorsqu’il croise la route de deux hommes, qui le laissent pour mort et lui volent son chien. En piteux état, Abel se relève et part à la recherche de ses agresseurs, au coeur des Olympics Mountains, bien décidé, coûte que coûte, à retrouver son chien… Fresque historique et tragique cristallisant la violence et les blessures intimes provoquées par la guerre de Sécession, cette superbe BD conjugue un graphisme de haute volée, accentué par un parti-pris pertinent : les deux époques – 1864 et 1899 – respectivement en noir et blanc et en couleurs, dévoilent les fragments d’un récit kaléidoscopique où affleurent toute la violence et la complexité de l’âme humaine.

Editions Soleil.

 

La Femme papillon

Cet ouvrage jubilatoire en forme de mise en abyme s’ouvre chez un éditeur de BD nommé… Futuropolis pour lequel travaille Greg, un auteur talentueux mais confidentiel, aujourd’hui désabusé et en bout de course. Cependant Sébastien, son éditeur, croit toujours en lui et lui propose de participer au lancement d’une nouvelle collection de Comics. Greg n’a jamais travaillé ce genre-là mais il n’a rien à perdre. Il accepte le pari et imagine alors Butterflywoman, une super héroïne qui combat les racistes, les machistes et autres suprématistes fous. Elle est jeune, noire, séduisante, ultra intelligente et tombe toujours à temps au bon endroit. Mais bientôt, le personnage crayonné prend chair dans la vraie vie… Portrait de l’auteur de bande dessinée en quête de personnage La femme papillon raconte sur un ton décalé et drolatique le quotidien d’un auteur, entre déprime et inspiration, travail alimentaire et satisfactions artistiques. Michel Coulon (scénario) et Grégory Mardon (dessins) signent une comédie jubilatoire qui se joue des codes des comic books en plongeant leur super-héroïne dans la réalité sociale contemporaine et brossant un tableau délicieusement grinçant de l’édition.

Futuropolis.