Industrie

Hermes Boissons : l’innovation face à la crise

Pour sa première visite d’entreprise, la nouvelle préfète de l’Oise, Corinne Orzechowski, a choisi une entreprise agroalimentaire, Hermes Boissons (ex Tropicana). Alors que le spécialiste des jus de fruits frais lance une nouvelle technique de conservation, c’est à un appel à projets du Plan de relance qu’il a répondu. Objectif ? Pérenniser le travail et continuer son développement.

Tom François, le nouveau dirigeant de Hermes Boissons, devant la nouvelle embouteilleuse.

C’est une histoire qui dure depuis 1800. Alors ferme laitière installée à Hermes, le site subit la crise française des quotas laitiers 100 plus tard. Pour pérenniser son activité, cette laiterie se transforme et se spécialise dans les jus de fruits frais et fabrique alors les jus Fruvita, marque leader sur le marché à cette époque… une orientation stratégique qui va marquer le destin de la société. En 1993, la société continue son envol : elle est rachetée par Dole Food puis par Seagram en 1995 – propriétaire de la marque Tropicana qui intègre le groupe PepsiCo. Ainsi le site de Hermes devient le principal site de production des jus de fruits Tropicana en Europe. En 2018, six millions d’euros sont investis pour diversifier l’offre.

En 2019, Tom François rachète le site qui redevient une PME Française indépendante, Hermes Boissons, et lance un plan de transformation innovant et unique sur le marché des jus de fruits frais : la pascalisation et la fabrication de bouteilles en plastique recyclé. « La pascalisation des jus de fruits frais est unique en Europe, confie Tom François, nouveau dirigeant de Hermes Boissons. Nous avons également choisi de fabriquer des bouteilles en plastique, jusque là uniquement en carton, pour répondre à une demande et s’ouvrir à d’autres marchés. Il y a une remise en question du plastique mais nous avons choisi du plastique recyclé pour innover et répondre à une problématique environnementale tout en répondant à une forte demande. »

Les oranges sont pressées sur place.

L’innovation pour pérenniser l’activité

L’ancienne laiterie est aujourd’hui ultra moderne… et l’innovation est majeure. Un canon de fer forgé de 37 tonnes, une pression de 6 000 barres… la pascalisation – ou l’application des hautes pressions – est une première mondiale pour la conservation des jus de fruits frais. Jusque-là pasteurisés – les jus sont soumis à une forte chaleur pour détruire les microbes puis remis au froid -, les jus de fruits arrivaient déjà pressé du Brésil et autres pays cultivateurs d’oranges, auxquels étaient rajoutés des compléments et vitamines.

La pascalisation, quant à elle, permet de presser les oranges sur place. Ce procédé de conservation exerce une très forte pression à froid dans le jus rendant inactives les bactéries et permettant de le conserver 45 à 90 jours… mais surtout de garder sa saveur et ses qualités nutritives. « Le problème de la pasteurisation est la perte des qualités naturelles du fruit. On perd complétement la nature du fruit, explique Tom François. Grâce à la pascalisation, on a un jus pressé comme à la maison avec ses qualités qui restent intactes. » Il faut goûter pour s’en rendre compte… le verdict est sans appel.

La nouvelle machine à pascalisation.(c)K.Bertin

Une fois pascalisé, le jus d’orange parcourt toute l’usine dans des tuyaux en inox, installés au plafond, ne quittant jamais la chaîne du froid. Il est ensuite mélangé dans des cuves aux autres fruits… dans l’ancienne laiterie. Mise en place fin 2019, la pascalisation est opérationnelle depuis janvier 2020. Hermes Boissons fabrique encore les jus de fruits frais pour Tropicana et autres marques et veut conquérir le marché de la restauration et des grandes surfaces. « La qualité, c’est notre objective et ce qui nous démarque dans le monde », précise le nouveau dirigeant. Ce gage de qualité est contrôlé en interne : Hermes Boissons possède son propre laboratoire d’analyses.

Autre innovation, la fabrication des bouteilles en plastique recyclé (de 50 à 100%.) La nouvelle embouteilleuse fabrique 6 000 bouteilles à l’heure. Une performance opérationnelle depuis le mois de septembre 2019. « Nous continuons la fabrication des bouteilles en carton mais nous innovons dans les bouteilles en plastique », continue Tom François.

Plan de relance

Mais ces innovations font face à une crise majeure. Hermes Boissons doit, comme toutes les autres entreprises, avancer dans un contexte économique incertain, à l’heure d’un couvre feu imposé petit à petit sur tout le territoire national par le Gouvernement. C’est donc vers le Plan de relance qu’elle se tourne, une des dix premières entreprises de l’Oise à avoir fait ce choix. « Nous avons répondu à cet un appel à projets dans le volet « compétitivité » pour pérenniser tout le travail que nous avons enclenché car nous prévoyons une augmentation de 15 à 20% du chiffre d’affaires grâce aux nouvelles machines, confie Tom François. Cette aide permettrait de boucler l’investissement global investi. »

La préfète de l’Oise Corinne Orzechowski est au cœur de la relance économique.

Car la crise affecte cette compétitivité qui s’inclut dans le Plan de relance de l’État (100 milliards d’euros au total et 34 milliards d’euros pour la compétitivité). « Tout est mis en place pour faciliter l’information des entreprises et leur accompagnement. Les entreprises peuvent bénéficier de plusieurs mesures, explique Corinne Orzechowski, préfète de l’Oise. Je dis aux entreprises : venez vers nous ! ». Un plan de relance suivi : dans l’Oise, Michaël Chevrier, sous-préfet de l’arrondissement de Clermont, est nommé sous-préfet à la Relance. Il anime et coordonne l’action des services de l’État dont l’objectif est d’apporter des réponses rapides aux entreprises. Du côté de l’information, un site Internet est dédié : www.economie.gouv.fr/plan-de-relance/profils/entreprises.