Les entreprises régionales à bout de souffle

Difficile d'entrevoir un peu de lumière dans le ciel entrepreneurial. En ce troisième trimestre, la situation économique s'essouffle et le moral des chefs d'entreprises est au plus bas. Mauvaise trésorerie, baisse du chiffre d'affaires, remise en cause des investissements et par-dessus, crise énergétique... Pour sortir les dirigeants de leur marasme, les acteurs économiques s'unissent.

Le secteur des hôtels, cafés et restaurants est durement touché : un tiers des dirigeants souffre d'une difficulté de trésorerie. (c)DR
Le secteur des hôtels, cafés et restaurants est durement touché : un tiers des dirigeants souffre d'une difficulté de trésorerie. (c)DR

Il y avait déjà les Gilets Jaunes, le Covid, le conflit ukrainien et maintenant la crise énergétique et ses conséquences dévastatrices. Les chef(fe)s d'entreprise ont clairement du mal à voir le bout du tunnel. Selon une enquête réalisée par la CCI Hauts-de-France auprès de 2 400 entreprises, 58% d'entre elles font preuve de pessimisme.

Si l'activité économique se maintient bon an, mal an, pour 33% des dirigeants, leur chiffre d'affaires a reculé au troisième trimestre en moyenne de 22% par rapport à l'an dernier. C'est particulièrement le cas pour le secteur des HCR (hôtels, cafés et restaurants) avec -26%, les services aux particuliers (-26%), les services aux entreprises (-25%) mais aussi le transport/logistique (-25%), avec une fragilisation encore plus marquée pour les TPE-PME.

Tous les secteurs sont concernés par d'importantes difficultés de trésorerie et un tiers des dirigeants indiquent que la situation actuelle de leur trésorerie est mauvaise, avec une prédominance pour le commerce de détail (36%).

801 défaillances d'entreprises au 3ème trimestre

Entre janvier et septembre 2022, 2 365 défaillances ont été enregistrées, soit 1 160 défaillances de plus par rapport à la même période de l'année 2020. Le commerce de détail, les hôtels/restaurants et le BTP en souffrent tout particulièrement. Le Tribunal de Commerce de Lille Métropole observe une importante croissance dans le commerce de détail (30% des défaillances), le BTP (24%) et les HCR (13%).

Rien qu'au troisième trimestre, le Tribunal a recensé 801 défaillances d'entreprise, contre 365 un an plus. Des chiffres qui ne peuvent qu'inquiéter son président, Eric Feldmann : « Les procédures collectives ont fortement augmenté par rapport à 2020 et 2021. Sur ces ouvertures, 90% sont en liquidation immédiate. Les entreprises arrivent complètement rincées. » Baisse du carnet de commandes, du chiffre d'affaires, trésorerie en berne, auxquels s'ajoutent les remboursements des Prêts Garantis par l’État depuis le mois de juin et maintenant, la crise énergétique.

La goutte d'eau qui fait déborder un vase déjà bien trop rempli : « J'entends des chefs d'entreprise me dire que le coût de l'énergie pourra représenter jusqu'à une année de marge en 2023 ! Comment peut-on travailler dans ses conditions ? », s'alarme Eric Feldmann dont les services observent un triplement des mandats ad hoc, notamment en ce qui concerne la renégociation des PGE et l'aménagement des charges fiscales et sociales.

L'emploi reste stable mais les investissements se tarissent

Autre signe d'inquiétudes, on observe un léger repli au niveau de l'emploi ce trimestre, sans toutefois connaître une forte dégradation. L'URSSAF annonce plus de 1 100 postes perdus au deuxième trimestre, une première depuis 2020. C'est la première fois que l'élan de la reprise, observé depuis 2020, est stoppé. Néanmoins, depuis juin 2021, 21 290 postes ont été créés en région et le niveau d'emploi reste supérieur de 2,7% par rapport à celui enregistré fin 2019. L'équilibre reste précaire : 11% des dirigeants déclarent que leurs effectifs ont baissé au 3ème trimestre et difficile de se projeter sur des perspectives de recrutement quand la santé de l'entreprise est déjà fragile.

L'inquiétude est aussi de mise concernant les investissements puisqu'ils sont reportés dans 4 cas sur 10. Alors qu'ils n'étaient que 25% à déclarer remettre en cause leurs investissements en juin 2022, les dirigeants grimpent à 42% en octobre avec une nette incertitude pour le secteur HCR, l'industrie et le commerce inter-entreprises. « L'économie, c'est avant tout la confiance et là, elle n'y est plus », constate amèrement Philippe Hourdain, président de la CCI Hauts-de-France.

La majorité des entreprises impactées par la crise énergétique

Le choc énergétique pèse sur l'économie, tant sur les hausses de prix que sur les délais d'approvisionnement. Les industriels paient leur gaz environ 90% plus cher et l'électricité, 22%. 76% des entreprises déclarent subir un impact fort ou modéré de la hausse du coût de l'énergie, un chiffre jamais atteint auparavant et un quart des entreprises a déjà réduit sa production. Presque une entreprise sur deux (42%) remet en cause ses investissements à cause de la crise énergétique, un chiffre qui grimpe à 63% pour le transport et la logistique et à 58% pour les HCR.

« Nous avons informé le Gouvernement de nos inquiétudes et avons mis en place une cellule locale et régionale mais la suite relèvera du niveau national voire européen. L'explosion du coût de l'énergie va fragiliser les entreprises », a déclaré Xavier Bertrand, citant en exemple le plan allemand de 200 milliards d'euros visant à soulager les entreprises et les ménages face à la flambée des prix de l'énergie. Le choc devrait d'ailleurs se prolonger en 2023 puisque les contrats d'approvisionnement avec les énergéticiens sont négociés tous les ans et ceux de 2023, le sont à des prix extrêmement élevés. « Il faudra un bouclier tarifaire pour toutes les entreprises », prône le président de Région.

Deux plateformes téléphoniques dédiées

Pour rompre avec cette solitude, la Préfecture, la Région, les représentants du monde économique, le monde bancaire mais aussi les énergéticiens, ont mis en place deux plateformes téléphoniques : l'une à destination des entreprises (03 20 63 79 00), l'autre des artisans (09 72 72 72 07). 4 000 entreprises ont aussi été appelées en amont, orientées ensuite vers un rendez-vous avec un expert de la CCI ou de la Chambre des Métiers et de l'Artisanat. Rien qu'en un mois, 100 appels par semaine ont été recensés sur ces deux plateformes : preuve que les difficultés sont bel et bien là.