L’AgriTech, des innovations au service des agriculteurs

Où en est l’AgriTech en France ? Quel rôle joue la collaboration entre recherche académique et startups dans cet écosystème ? Quel intérêt pour les agriculteurs et pour la transition écologique ?

© Adobe Stock
© Adobe Stock

L’AgriTech française est un écosystème « foisonnant », « qui se structure de plus en plus » et qui a levé « 490 millions d’euros en 2023 », a déclaré Justine Lipuma, vice-présidente de la Ferme Digitale, dans le cadre d’une rencontre organisée le 26 février, dernier, lors du Salon international de l’agriculture. Fondée par des startups, la Ferme Digitale est une association qui a pour objectif de promouvoir l’innovation et le numérique pour une agriculture performante et durable. En 2021, à la demande du ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation et du secrétariat d’État au Numérique, la Ferme Digitale s’est vue confier la mission d’élaborer un rapport sur la situation de l’AgriTech en France et de faire des recommandations pour favoriser l’émergence de ces startups et les faire grandir.

Enjeux de l’essor de l’AgriTech française : faire en sorte que « nos agriculteurs aient accès à des innovations fiables, efficaces et économiquement rentables » qui participent à l’augmentation de leurs revenus et « leur permettent de répondre aux enjeux environnementaux et climatiques », aussi « attirer de nouveaux talents en agriculture avec de nouveaux moyens et de nouveaux outils qui permettent d’ouvrir ce métier à de nouvelles personnes », a poursuivi Justine Lipuma, elle-même microbiologiste de formation et CEO de Mycophyto, une entreprise spécialisée dans la régénération des sols. « À la Ferme Digitale, notre objectif est que, d’ici 2026, chaque agriculteur soit capable d’utiliser de manière courante plus de dix innovations. »

Lever les freins

Remis en 2022, le rapport de la Ferme Digitale identifie plusieurs freins au développement de l’AgriTech. À commencer par les sources de financement. « Même si ça s’accélère, on est toujours sur un secteur qui est un peu moins financé que d’autres secteurs de la tech », a-t-elle expliqué. Un autre frein est de nature législative et réglementaire « pour accompagner et faciliter la mise de nouveaux produits, de nouvelles solutions et de nouvelles technologies sur le marché – avec les enjeux d’autorisations de mise sur le marché, par exemple ». Autre recommandation : « activer le transfert de la recherche vers les petites entreprises ». En France, « nous avons une recherche performante et reconnue pour sa performance au niveau mondial, cela doit continuer et s’accélérer, notamment en travaillant main dans la main avec des startups ».

 Recherche et les startups

Un groupe de travail a été constitué après la remise de ce rapport. Il regroupe des représentants des ministères de la Recherche et de l’Innovation, de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), de l’Acta (association qui représente les instituts techniques agricoles et les organismes de recherche appliquée pour les productions animales et végétales) et de la Mission French Tech.

Les travaux portent sur trois grands axes : « fluidifier et renforcer les liens entre la recherche et les startups », « permettre aux startups d’expérimenter et de valider leurs solutions » et « travailler sur une acculturation des entrepreneurs et des chercheurs aux enjeux de l’innovation et de la valorisation de leurs travaux – via des brevets, des autorisations de mise sur le marché… »

Petites entreprises

Premier acteur de la recherche publique en agriculture, l’INRAE mise sur « l’interaction entre la recherche fondamentale et le monde agricole », a expliqué le président de l’Institut, Philippe Mauguin. En matière d’innovation, « l’AgriTech a un rôle majeur à jouer sur le terrain de la transition agroécologique et de la transition agroalimentaire ». La recherche académique apporte des compétences et des ressources technologiques et scientifiques. Les startups sont porteuses d’agilité et de créativité et ont la capacité à transformer une idée en solution concrète. La collaboration permet donc d’accélérer « le transfert des résultats de la recherche vers les entreprises » – startups, TPE et PME de l’AgriTech.

Une centaine de nouvelles startups accompagnées

« Pas moins de 300 startups ont été créées depuis vingt ans dans l’environnement de l’INRAE », dont « environ 40% sortent de nos laboratoires et sont donc très liées à nos unités de recherche », a-t-il poursuivi. Les autres « sont nées ailleurs » et « les créateurs sont venus trouver nos labos ».

Pour favoriser ce transfert des résultats de la recherche vers les entreprises, l’INRAE encourage ses chercheurs et techniciens à « tenter leur chance en les sensibilisant à l’entrepreneuriat », et elle permet « aux startups créées par d’autres que nos chercheurs d’accéder à nos dispositifs de recherche et nos équipements scientifiques, de s’installer sur nos campus et dans nos incubateurs, de monter des projets… ». Et aujourd’hui, l’objectif est d’accélérer le rythme : « nous avons l’ambition d’accompagner une centaine de nouvelles startups d’ici fin 2026 ».

Les lauréats du challenge InnoTech 2023

En 2023, l’INRAE a lancé le challenge InnoTech, une démarche d’accélération des startups, avec l’appui de la recherche académique. Les trois lauréats ont obtenu chacun 35 000 euros et l’apport d’expertise et de moyens des équipes de l’INRAE, d’AgroParisTech et de l’Institut Agro Montpellier.

Aviwell est une start-up spécialisée dans les recherches sur le microbiome des animaux. Elle cherche à développer des solutions saines et naturelles pour améliorer la santé et la croissance des animaux d’élevage et des poissons, et à moindre coût pour l’industrie agroalimentaire. « Nous avons complété une levée de fonds d’environ 10 millions d’euros », a déclaré son P-DG, Mounir Ramani.

BioRenGaz est une start-up spécialisée dans la décentralisation de la production d’hydrogène biosourcée. Elle propose des solutions de production locale de bio-hydrogène, en complément ou en conversion des installations de méthanisation existantes. Elle a développé « une technologie brevetée de méthanisation innovante, écologique et modulaire », a précisé son fondateur, Jonathan Fritsch. « Nous cherchons des partenaires financiers pour boucler une levée de fonds d’un million d’euros ».

Seed in Tech est une start-up spécialisée dans le développement et l’industrialisation des techniques de prégermination des semences, afin d’améliorer leurs performances en stimulant des processus naturels dans l’embryon de la graine. « On s’efforce aussi d’accroître la durée de conservation de ces semences et d’améliorer les défenses naturelles des semences, sans avoir recours à des produits phytosanitaires conventionnels », a indiqué Elvina Faucher, ingénieur R&D au sein de l’INRAE de Versailles et de Seed in Tech.