Viticulture

La vigne : une voie de diversification pour les agriculteurs picards

Changement de climat et d'habitudes de consommation... Peu à peu la Picardie redevient terre de vignes. À Moÿ-de-Aisne, Bruno Cardot fait partie de ceux qui se lancent dans l'aventure.

C'est 1,2 hectare qui a été planté au printemps, soit 7 200 pieds de vignes. (c) Bruno Cardot)
C'est 1,2 hectare qui a été planté au printemps, soit 7 200 pieds de vignes. (c) Bruno Cardot)

« On va faire un vin tranquille, mais qui répond à une vraie demande... » Bruno Cardot aborde son nouveau métier de vigneron avec beaucoup d'humilité. Comme d'autres agriculteurs des Hauts-de-France, cet exploitant de Moÿ-de-l'Aisne s’est lancé dans cette activité au printemps avec l'un de ses voisins, Sébastien Varlet. Loin de prétendre concurrencer les vins de Champagne ou de Bourgogne, et encore moins d'inonder un marché richement abondé, il mise sur une petite production avec un débouché de proximité.

Bruno Cardot l'avoue lui-même, l'idée n'est pas totalement neuve. Nombreux sont les agriculteurs des Hauts-de-France qui anticipent le changement climatique. La coopérative Ternovéo, par exemple, vient de lancer en 2020 une filière de production de vin, qui doit s'appuyer sur la plantation de 200 hectares d'ici 2025. Bruno Cardot, lui, n'a pas souhaité suivre cette fois. « La démarche de la coopérative est très bien, mais ça ne collait pas avec notre vision. On n'a pas voulu vendre une matière première, comme on vend du blé. Je pense que l'on peut capter de la valeur ajoutée sur ce produit. C'est ce qui manque à beaucoup de filières agricoles françaises. »

Capter la valeur ajoutée

Défendant la production de masse et l'exportation pour certaines cultures, dont les céréales, Bruno Cardot a aussi bien conscience, que pour ce marché de niche, c'est une toute autre carte qu'il faut jouer. « On ne va pas aller vendre notre vin à Paris. On ne vise pas la même clientèle que les grandes appellations. » Le vin sera vendu au chai et dans les épiceries locales. Un moyen aussi de recréer du lien avec les riverains, ce qui tient à cœur à Bruno Cardot, contre "l'agribashing" sur les réseaux sociaux.

Dans la même logique de répondre à une demande locale, c'est sur le marché du bio que Bruno et Sébastien comptent orienter leur « petit » vin. Ce qui nécessitera trois années de transition, avec une conduite à Haute Valeur Environnementale, qui lui permettra de ne pas se passer des produits de protection des plantes de synthèse. « Quand on fait du bio dans notre région, il faut être prêt à avoir zéro récolte, explique Bruno Cardot. La pression du mildiou de cette année le prouve. » Alors avec seulement 1,2 ha, nos nouveaux vignerons ne souhaitent pas prendre de risque, même s'ils se félicitent du faible taux de pertes sur leur parcelle cette année. Un moyen aussi de ne pas trop utiliser la fameuse bouillie bordelaise, autorisée en culture bio, à qui on reproche sa composition riche en soufre et en cuivre.

Créer un réseau de vignerons

Au total c'est 1,2 hectare qui a été planté au printemps, soit 7 200 pieds de vignes, sur une parcelle qui porte le nom Des vignes du Mont Pourceau. « On s'est dit qu'il fallait qu'on remette les vignes là où elles étaient, avant le phylloxera ». Le choix se porte sur du Chardonnay, un cépage qui craint particulièrement le gel, mais greffé sur un porte-greffe adapté au climat local, issu de pépinières de Touraine.

Novices, les deux Picards se font accompagner techniquement par un producteur d'Anjou. Mais ils ne désespèrent pas de voir naître des réseaux d'entraide technique dans les Hauts-de-France. « J'aimerais que l'on crée un réseau d'indépendants. On part de zéro dans les Hauts-de-France. Tout est à faire. Et en zone VSIG (Vins sans indication géographique, ndlr) et le changement climatique, on peut se permettre de planter ». Un investissement, dont Bruno Cardot ne récoltera les premiers fruits que d'ici deux à trois ans...