Chez Votat, la ministre de l'Industrie dévoile un plan pour les sous-traitants de la filière automobile

Philippe Marillaud a accueilli la ministre de l'Industrie, Agnès Pannier-Runacher, le 16 décembre, pour expliquer le savoir-faire de son entreprise industrielle plus que centenaire qu'il a reprise en 2019. Lauréate de France Relance au printemps dernier, Votat, installée à Pont-Sainte-Maxence, représente l'industrie qui se modernise et se renouvelle. Durant cette visite, la ministre a annoncé une France 2030 à le reconquête de l'industrie. Avec 550 entreprises automobiles et 55 000 emplois, ce sujet est majeur dans les Hauts-de-France.

La ministre de l'Industrie en visite chez Votat.
La ministre de l'Industrie en visite chez Votat.

C'était au printemps 2020. Votat, entreprise isarienne spécialisée dans la mise en forme de pièces métalliques en grandes et moyennes séries à destination des industrie de process (dans les secteurs de l'automobile, le médical ou encore la construction), subit la crise de la Covid-19, comme des milliers de sociétés. Entreprise de sous-traitance industrielle, Votat endure, dès le début de la crise, des perturbations des flux et des modèles et, deux ans après, la pénurie des matières premières.

Fort de son dynamisme et son innovation, Philippe Marillaud s'est tourné, dès 2019 vers l'industrie 4.0 que la crise, à bien des égards, a accéléré... pour obtenir une subvention de 775 000 euros dans le cadre du plan du Gouvernement "France Relance", à la fin de l'année 2021. « Il faut se diversifier pour apporter de la valeur ajoutée, a-t-il expliqué à la ministre de l'Industrie, lors d'une table ronde. Pour nous, il va y avoir la modernisation des parcs de presse, le but est de devenir, à l'avenir, un équipementier pour répondre aux besoins des industriels. »

La modernisation comme maître mot pour l'avenir, c'est le même constat pour plusieurs entreprises industrielles de la région, lauréate de France Relance, venues également rencontrer la ministre chez Votat. À l'instar de Mat Friction, le dernier fabricant de plaquettes de frein pour le secteur de l'automobile en France, installée à Noyon, pour qui l'innovation passe par la transformation du marché et des produits. « Avec France Relance nous avons créé une nouvelle ligne de production qui sera effective en janvier 2022, témoigne Nicolas Lainé, directeur financier de l'entreprise noyonnaise. Nous nous modernisons pour répondre à la demande des véhicules électriques et la baisse de la demande des voitures thermiques. Mais nous n'avons pas non plus une demande florissante car les véhicules électriques ne sont pas encore rentrés dans les mœurs. Notre enjeu majeur est aussi la réduction des émissions de Co2 et nous travaillons sur des plaquettes destructibles et avec une plus longue durée de vie. »

Des efforts de modernisation qu'a félicité la ministre de l'Industrie pointant sur le fait que l’État « réindustrialise depuis les années 2 000 » avec comme objectif « des industries compétitives depuis quatre ans » et arguant qu'avant la crise le nombre d'emplois dans l'industrie s'élevait à 40 000 pour atteindre le nombre de 70 000 depuis 2021.

Un plan pour les sous-traitants

Pour continuer cette dynamique, la ministre de l'Industrie a annoncé un plan pour aider les sous-traitants, les salariés et les territoires en faveur de la transition de la filière automobile. Parce que la filière automobile est confrontée à deux défis majeurs. D’une part, la crise sanitaire et ses conséquences qui ont considérablement réduit le niveau d’activité dans la filière et risquent de fragiliser durablement la trésorerie et les capacités d’investissement de ses acteurs. D’autre part, la
transition vers les véhicules électrifiés qui entraîne un besoin de diversification pour un nombre
croissant de sous-traitants. « Ce fonds a vocation à soutenir des projets de diversification visant à développer ou industrialiser de nouveaux produits et procédés de fabrication, en lien avec le véhicule électrifié et ses composants, ou vers des segments porteurs en dehors de l'automobile », a déclaré la ministre. Si le plan France Relance a aidé à consolider les filières, le nouveau plan France 2030 aidera à créer de nouvelles filières.


Un collaborateur de Votat explique son métier à la ministre.

La mobilité décarbonnée, diversification des pièces technologiques et nouveaux marchés, tels en sont les objectifs. Depuis le 17 décembre, ce fonds de soutien à la diversification des sous-traitants automobiles de 300 millions d'euros est mis en place. Ajouté à cela, une enveloppe de 100 millions d’euros sera consacrée à l’accompagnement des territoires affectés par les mutations de la filière. Objectif ? Favoriser localement l’émergence d’industries de demain en collaboration avec les acteurs locaux. Ces derniers mois, onze territoires ont déjà été accompagnés et la ministre annonce 30 autres concernés dès 2022.

Enfin, ce plan France 2030 pour la filière automobile, va renforcer la plate-forme automobile (PFA) dès janvier 2022, pour accompagner davantage les entreprises industrielles tant du côté stratégique qu'opérationnel. Déjà 200 entreprises seront accompagnées l'année prochaine. « Nous sommes à un tournant, constate la ministre. Il y a des risques mais il n'y a jamais eu autant d'opportunités et les français n'en ont jamais été autant convaincus. » Par ailleurs, le plan France 2030 prévoit que 2,5 milliards d'euros seront mobilisés sur le capital humain pour soutenir l’émergence de talents et accélérer l’adaptation des formations aux besoins de compétences des nouvelles filières et des métiers d’avenir.

Une reprise en demi-teinte

Si le Gouvernement mise sur la réindustrialisation de la France, les industriels, même très volontaires sur la modernisation de leurs structures et de leur modèle, peinent à se relancer, restant dans un entre-deux technologique. Des craintes partagées par Jérôme Boduelle, PDG du Centre de recherche, d'innovation technique et technologique en moteurs et acoustique automobile (CRITT M2A) de Bruay-la-Buissière (62) qui a pourtant inauguré, il y a deux mois, un centre d’essais sur l'électro-mobilité unique en France. « En 2014, nous avons investi huit millions d'euros et nous avons misé sur l'innovation et nous étions en avance avec notre meilleur chiffre d'affaire réalisé en 2019, énonce-t-il. Mais la crise est arrivée, bouleversant les modèles et divisant notre chiffre d'affaires par deux en 2020 car les constructeurs automobiles ont retiré les prototypes et ont fait également face à la crise. Aujourd'hui, finalement, nous sommes un peu en retard et nous nous tournons vers le 100% électrique. Les centres de recherche ont souffert car on se trouve soudain face à la fin du thermique et le début de l'électrique. »

Autre sujet qui touche l'industrie automobile, la concurrence internationale et notamment les délocalisations, surtout de le Recherche et du Développement. Sur ce débat, la ministre veut « sanctuariser les marchés ». Mais c'est bien un effort de l’État que souhaite les industriels. « L'aide à l'investissement est primordial, assure Jean-Françoise Charlet, Directeur général de l'entreprise WTX (fabricant de conduit), basée à Roubaix (59). Le Japon subventionne les industries donc nous ne pouvons pas suivre à la même vitesse. » De son côté, pour pallier aux futurs problèmes de matières premières, son innovation consiste à miser sur le recyclage. Ces initiatives des industriels vertueuses sont aussi englobées dans un système de fonctionnement du marché de l'automobile, qui doit aussi être bousculé. « La solidarité est un vecteur important pour l'évolution des entreprises automobiles », précise Luc Messien, Directeur général de l'association Aria Hauts-de-France.

Formation

L'innovation, le modernisation, le soutien de l’État, la réindustrialisation en France... si tous ces paramètres sont réunis, il n'en reste pas moins un sujet majeur : le manque de compétences. « Il ne faut pas arrêter les aides pour les formations professionnelles, rajoute Erick Maillet, président de l'Uimm Picardie. Il y a un manque de compétences en ingénieurs, ouvriers qualifiés, conducteurs de ligne, tous les métiers de l'industrie sont touchés. » Pour les entreprises industrielles, la formation est donc primordiale pour attirer les jeunes vers ces filières. Cette formation reste un défi de taille tant l'image de l'industrie est détournée de la réalité. « Il y a un gros travail sur l'attractivité des métiers pour attirer les futures compétences », assure la ministre de l'Industrie.

C'est aujourd'hui, fin 2021, que la France relève le défi de la réindustrialisation dans une société en pleine transition environnementale. Les industriels de la filière automobile - et des autres filières – sont prêts à relever ce défi pour les dix années à venir.

Votat, lauréate France Relance.