Toujours plus de difficultés pour recruter des cadres

Si les intentions de recrutement de cadres accusent un léger recul, avec 10 % d’entreprises qui envisagent d’embaucher au moins un cadre ce troisième trimestre, cela ne résout en rien leurs difficultés de recrutement. Résultats de la dernière étude de l’Apec, publiée le 29 août.

(c)Adobestock
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Les difficultés de recrutement des cadres ne se tarissent pas et atteignent leur plus haut niveau, souligne la dernière étude de l’Apec. Ainsi, au second trimestre 2022, 82 % des entreprises disent avoir rencontré des difficultés pour recruter, soit 13 points de plus qu’au trimestre précédent. Un niveau qui n’avait encore jamais été atteint (+30 points vs septembre 2020). « Les tensions de recrutement atteignent ce trimestre un niveau record. Ces difficultés à recruter représentent aujourd’hui une véritable menace pour le développement économique des entreprises », avertit Gilles Gateau, directeur général de l’Apec. D’autant que ces tensions devraient durer : au troisième trimestre, 84 % des entreprises pensent ainsi qu’il sera difficile de recruter. En comparaison, cette part s'élevait à 78% au printemps dernier et à seulement 56% au troisième trimestre 2020.

Pour remédier à ces difficultés, des solutions existent. Pour le directeur général, ce n’est pourtant pas « une fatalité ». Il démontre que « certaines solutions sont dans les mains des recruteurs eux-mêmes. Il existe un vivier de compétences disponibles qui aspirent à travailler, par exemple parmi les seniors, mais aussi chez les jeunes diplômés. Il faut accompagner les entreprises à diversifier leurs critères de recrutement et réussir l’intégration des nouvelles recrues pour atteindre l’objectif du plein-emploi ». Autre enjeu de taille pour recruter : répondre aux aspirations des seniors et des jeunes diplômés et des collaborateurs actuels.

Salaires et pouvoir d’achat au cœur des préoccupations

Salaires et pouvoir d’achat sont sur toutes les lèvres des salariés en cette rentrée. Les cadres n’échappent pas à la règle. La question est au cœur de leurs préoccupations avec 63% d’entre eux qui se disent inquiets. « Interrogés en août sur leurs résolutions à venir, 49 % souhaitent augmenter leur rémunération (+13 points, vs août 2021), alors même qu’ils sont 33 % à ne pas se satisfaire de leur salaire actuel », souligne l’Apec. Les moins de 35 ans – même s’ils ont bénéficié d’augmentations en 2021– affichent la plus forte baisse de satisfaction (58%, -13 points vs mai 2022). Logiquement, ils sont 55 %, et 43 % pour l’ensemble des cadres, à envisager de demander une augmentation, d’ici fin 2022. Évolution significative, 53 % des cadres appellent à des augmentations majoritairement collectives, en réponse à la hausse du coût de la vie, plutôt qu’à des performances individuelles, pour tous les salariés sans exception ni distinction de revenus. « Les candidats pourraient devenir encore plus exigeants sur la rémunération, accentuant les tensions de recrutement déjà à l’œuvre. Un enjeu de taille pour les entreprises qui doivent à la fois recruter et fidéliser les talents », commente Gilles Gateau.

Fléchissement des intentions d’embauches

Même si les intentions de recrutement de cadres sont en légère baisse, du fait des incertitudes internationales, l’Apec ne constate pas de diminution des tensions sur le marché du travail. Depuis mars 2022, l’association pour l’emploi des cadres enregistre un léger fléchissement des intentions d’embauches, dans un contexte d’incertitude –invasion russe en Ukraine, forte inflation, difficultés d‘approvisionnement… « Un léger fléchissement qui se confirme », même si l’activité économique du second trimestre est repartie à la hausse (+0,5 %). Ainsi, seules 10 % des entreprises, toutes tailles confondues, envisagent de recruter au moins un cadre au troisième trimestre, contre 13% au trimestre précédent.

Dans le détail, les grandes entreprises (54%, - 4 points) et le secteur des services à forte valeur ajoutée* (15%, -5 points), traditionnellement gros recruteurs de cadres, affichent un recul plus marqué. In fine, malgré un contexte toujours incertain, le nombre d’offres d’emploi cadre continue à progresser. Les recruteurs continuent de rechercher des compétences cadres. Ainsi, les offres d’emploi publiées entre le premier et le second trimestre ont augmenté de 22%. En dépit de la saison estivale, au troisième trimestre, ce volume reste élevé, avec + 20% d’offres en juillet 2022 vs juillet 2021. À noter que l’industrie est le secteur qui enregistre la plus forte hausse, +32 % soit plus de 5 000 postes à pourvoir.

La mobilité comme une opportunité

Les intentions de mobilité des cadres se maintiennent sur le long terme mais l’inquiétude monte. Ainsi, 34 % des cadres ont l’intention d’entreprendre des démarches pour changer d’entreprise dans les 12 mois. Dans le détail, ceux en poste dans le secteur de la construction et du commerce sont les plus enclins à bouger. Le changement d’entreprise reste considéré comme une opportunité plutôt qu’un risque (52 %) pour les cadres interrogés en août dernier, malgré l’inquiétude que suscite la situation internationale. 22% d’entre eux se disent préoccupés par la santé économique de leur entreprise et 66 % inquiets de la situation économique du pays (vs 61 % en juin).

* Activités informatiques, ingénierie R&D, conseil, banque assurance, communication média, activités juridiques et comptables

Source : Baromètre Apec réalisé à partir d’une enquête téléphonique auprès d'un échantillon de 1 000 entreprises